désindus trialisation

Désindustrialisation
Marc TISON 2012
En 1977, la désindustrialisation massive bâtait son plein. Les
licenciements pleuvaient drus autant que les pluies de novembre sur le
canal de l’Escaut.
Depuis quelques temps la ville perdait 1000 habitants chaque année ;
un tiers de la population avait déjà disparu. Des gens mis au chômage,
en faillite, abandonnant leurs logements, leurs rêves, leurs quiétudes,
puis les restes de dignité par appauvrissement. Une hécatombe.
Le pire était pour ceux qui restaient, sans boulot et sans raison, ni
possibilité de partir. Pour où ? Pourquoi ? Comment ?
Ceux qui restaient s’accrochaient à l‘idée que ça s’arrêtera bien un jour
cette histoire de démolition, de mise en misère. La suite montrera que,
ben non, ça ne s’arrête pas dans les logiques ultra libérales.
Ils s’accrochaient aux annonces du gouvernement « reconversion,
mutations » et autres fantaisies dialectiques formulées par les disciples
de cette ordure de Milton Friedman
Ordure de Milton Friedman /
Ordure de Milton Friedman, prix Nobel d’économie en 1976,
collaborateur des dictatures fascistes du Chili, et d’Argentine.
Ordure de Milton Friedman conseiller du pire antisocial de Margareth
Thatcher
Ordure de Milton Friedman dont les théories ordurières inspirent les
cercles des droites françaises.
La métallurgie définissait alors le quotidien en remplacement des mines
de charbon. Deux aciéries face à face sur plusieurs longs kilomètres,
organes sans repos du corps de la ville. Elles déversaient un queuci
queumi de poussières rouges.
Depuis un siècle, la ville et ses environs avait le taux le plus élevé de
mortalité infantile et la plus forte concentration de tuberculose par
habitant du Pays. Ici un homme qui mourrait d’épuisement, de silicose,
ou autre maladie professionnelle avant 45 ans c’était si courant
qu’anecdotique. Ces industries monstres avaient créé la monstruosité
des traitements que le productivisme libéral fait subir aux hommes.
Dans cette atmosphère, nous savions tous qu’hormis pour quelques
rares d’entre nous, il n’y avait aucun avenir ici. Et s’il y en avait eu un….
Serions nous restés en sachant ce que nous savions de cette violence
sociale qu’implique la production lourde industrielle ? Qui exploitera ?
Qui sera exploité ? Qui d’entre nous sera contremaître, ingénieur,
patron ou ouvrier ?
La ville vivait sans trêve vingt quatre heure sur vingt quatre au rythme
des « trois huit », dans un brouhaha d’activité le jour et assoupie aux
partitions concrètes des musiques bruitistes de la nuit. Les résonnances
des grues, des wagons de charbon alimentant les fours. Et le turbin
incessant des brasseries – pour étancher les soifs de bières, et les abus
festoyant des dimanches camarade .
Les passages des trains de
marchandises, les stridences de leurs freins et l’entrechoc de leurs
attaches. Le trafic des milliers de vélos et mobylettes à l’heure des
changements de postes. Tout un chahut vivace et ordinaire dont on
percevait l’écriture, dont chacun de nous en interprétait la texture.
Le rock et les guitare électriques /en corollaire / une évidence mon
frère.
Après avoir abusé plusieurs générations de foules joyeuses et
revendicatrices, les tenants de la grande industrie les ont affamées, d’un
coup violent. Privé de travail, et de quoi vivre dignement. Une agression
volontaire, un retour forcé aux servitudes : la servilité par misère.
Qui en a décidé ainsi ? Et pourquoi avec tant d’acharnement ?
Aujourd’hui quand on longe la béance des usines rasées, ni le
supermarché, ni le parc de promenade ne peuvent rien combler. Il y a
une absence, pas un vide, une absence des hommes, une absence
d’excuse.
C’est un refus d’oubli, une attente de pardon qui ne viendra jamais.
Une cicatrice laide faite « à l’arrache », une tentative impossible de
maquillage de l’histoire d’ici. Un corps urbain charcuté, amputé
salement, traité comme un moins que rien. Une blessure exhibée pour
l’exemple.
Que s’est il passé ? Où sont allés tous ceux là qui déambulaient chaque
jour, chaque huit heure, le long de cette rue ? Où sont les enseignes des
cafés ? Les bandes rigolardes de jeunes hommes et jeunes femmes
flânant sur les trottoirs les jours de congé ?
La métaphore glorieuse de la ville ouvrière, les grands industriels de la
fin du vingtième siècle lui ont marché dessus, sans vergogne, on
pourrait croire même avec vengeance, en y prenant une forme cynique
de plaisir.
A quoi cela a servi ? Et à qui ?
Quel paradoxe !! Devions nous nous réjouir que ces industries
bouffeuses de vies ferment, ou au contraire devions nous nous attrister
qu’elles ne soient plus les fournisseuses de travail qu’elles étaient.
La question avant tout de la désindustrialisation est celle de l’état dans
lequel les industriels et les pouvoirs publics laissent l’endroit qu’ils
abandonnent en toute conscience de le faire par intérêt spéculatif
/ Intérêt spéculatif/
Jamais il n’a été fait autrement, partout où on a démantelé les
industries, que de laisser un champ de ruines, une population humiliée.
Un champ de ruines, une population humiliée.
Et qu’on ne cherche pas le contre exemple, il ne ferait que confirmer la
règle de tout le reste.
Un champ de ruines et une population humiliée.
A quoi et à qui cela sertil
de laisser Un champ de ruines / une
population humiliée ? / Une attente de pardon qui ne viendra jamais
Un champ de ruine / une population humiliée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>